Nous traversons une période que peu d’entre nous auraient imaginée il y a encore quelques mois. Le conflit en Iran et ses répercussions sur les marchés mondiaux de l’énergie ont fait basculer notre secteur dans une nouvelle zone de turbulences. Le prix du gazole s’envole. Le bitume suit mécaniquement. Les matières premières s’emballent. Et nos entreprises, engagées sur des marchés signés dans un autre contexte économique, se retrouvent à absorber des surcoûts que personne n’avait pu anticiper.
Je ne vais pas vous mentir : nous avons sollicité les pouvoirs publics. Nous avons fait entendre la voix de nos entreprises. Mais la réalité budgétaire de l’État est ce qu’elle est — contrainte, tendue, sans marge de manœuvre immédiate. N’attendons pas de Paris un chèque en blanc. Ce serait perdre un temps précieux.
Alors, que faire ? Baisser les bras ? Certainement pas. Notre force a toujours été de trouver des solutions là où d’autres voient des impasses.
C’est précisément dans cette logique que la Fédération a travaillé, avec nos syndicats Routes de France Lorraine, Les Canalisateurs Lorraine et Génie Civil Lorraine, à l’élaboration d’une note opérationnelle. Ce document identifie concrètement les leviers que maîtres d’ouvrage et entreprises peuvent actionner dès aujourd’hui : adaptation des formules de révision de prix, recours aux clauses de réexamen, mobilisation de la théorie de l’imprévision lorsque les conditions sont réunies, aménagement des délais, recherche de solutions techniques alternatives…
Ces outils existent. Ils sont dans les textes. Mais ils ne fonctionnent que si les deux parties s’assoient à la même table, avec bonne foi et transparence.
C’est le message central que je veux porter aujourd’hui : cette crise est une opportunité de refonder notre relation avec les maîtres d’ouvrage. Non pas sur le registre de la confrontation ou de la revendication, mais sur celui du dialogue professionnel, documenté, responsable. Un dialogue qui permet d’anticiper les difficultés plutôt que de les subir, de traiter les déséquilibres économiques avant qu’ils ne mettent en péril la continuité des chantiers, et de préserver la qualité des ouvrages que nous livrons aux territoires.
Les maîtres d’ouvrage ont, eux aussi, intérêt à ce que leurs entreprises restent solides et mobilisées. L’enjeu est partagé. Notre note le rappelle avec force.
Je compte sur chacun d’entre vous pour s’en emparer, en faire un outil de conversation avec vos donneurs d’ordre, et nous faire remonter vos retours d’expérience. C’est ainsi, collectivement, que nous traverserons cette période — pas indemnes, peut-être, mais debout.